« La famille est gérée conjointement par les époux dans l’intérêt du ménage et des enfants (…) Les époux contribuent aux charges du ménage à proportion de leurs facultés respectives. »   Texte tiré de la LOI n° 2019-570 du 26juin 2019 relative au mariage en Côte d’Ivoire.

Mais qu’en est-il dans la pratique de la gestion de l’argent dans le couple, quand on sait que l’argent demeure un tabou dans de nombreuses familles africaines en général et ivoiriennes en particulier ?

L’argent fait partie de ces sujets qui conduisent un couple à la déroute, voire à la rupture définitive.

Quelle est donc la manière idéale pour aborder la question de l’argent dans le couple ? Quelle méthode adopter pour une bonne gestion financière entre les conjoints ? Autant de questions que nous nous posons presque tous. Mariés ou non.

C’est pour apporter des éléments de réponse que nous avons entrepris de rédiger cet article. Article que nous avons voulu participatif avec la contribution de plusieurs personnes anonymes en couple (mariés pour certains et dans une relation suivie pour d’autres).

Des réponses obtenues, quatre (4) approches de gestion financière ont pu être dégagées.

Avant de poursuivre, nous tenons à préciser qu’aucune approche de gestion financière n’est meilleure ou supérieure à une autre. Tout dépend de la personnalité de chacun des conjoints, de leur rapport à l’argent, et des objectifs du couple.

D’où l’importance de se connaitre soi-même et connaitre l’autre avant le mariage ou relation suivie.

Après la digression, revenons au sujet de cet article : la gestion de l’argent dans le couple.

Découvrez ci-dessous quatre (4) approches de gestion financière adoptées par différents couples.

 

  1. Ce qui est à moi est à moi

Ici, cette approche de gestion financière signifie ‘’chacun pour soi’’. L’argent de monsieur appartient qu’à monsieur et l’argent de Madame appartient qu’à madame.

Chaque conjoint est libre de disposer de son argent, de son revenu comme il l’entend. Cette approche, à notre sens n’est pas loin de la vie de célibataire.

Toutefois, l’on peut observer la présence de quelques règles. En effet, les conjoints ayant cette approche de gestion, peuvent déterminer pour certaines dépenses de la maison de mettre chacun un montant pour faire face aux charges.

Comme toutes choses, il y a des avantages et inconvénients.

Les avantages sont :

  • Chacun dépense son argent comme il l’entend
  • Moins de complication au niveau de la répartition des biens en cas de divorce
  • L’un peut faire plaisir à l’autre sans devoir justifier cette dépense

Les inconvénients sont :

  • Une séparation certaine si l’un arrive à perdre sa ou ses sources de revenus car l’autre risque de ne pas vouloir se retrouver à payer seul toutes les charges de la maison
  • Un tel système ne peut fonctionner que si les 2 conjoints gagnent chacun un revenu

 

  1. Ce qui est à toi est à moi

Ici, nous sommes dans la configuration où chacun des 2 conjoints a un revenu. Mais, l’un d’entre les 2 refuse d’utiliser le sien pour contribuer aux charges de la maison. Ce dernier, croit légitime que ça soit le revenu de l’autre qui exclusivement paie toutes les charges de la famille et même s’occuper de lui aussi.

Cette approche nous rappelle des exemples de couples dans lesquels nous avons vu des femmes attendre leur mari pour l’achat d’une boite d’allumettes qui coute 25 Fcfa car pour elles, cette somme ne pouvait sortir de leur revenu.

Et ces exemples, sont aussi légions chez les hommes.

Les avantages sont :

Nous avons cherché quels pourraient être les avantages d’une telle approche, mais nous n’en avons pas trouvé. Si vous en trouvé, n’hésitez pas à nous les partager.

Toutefois, les inconvénients sont :

  • Une séparation certaine si le conjoint qui paie tout arrive à en avoir marre de prendre tout en charge sans que l’autre conjoint ayant un revenu ne puisse participer aussi
  • Le conjoint qui ne contribue pas aux charges risque de se voir traiter d’envouteuse ou d’envouteur par sa belle-famille si celle-ci apprend que toutes les charges de la maison sont au frais de leur enfant

 

3. Ce qui est à moi est en partie à nous

Chaque personne peut avoir le droit d’avoir une partie de ses revenus pour elle-même.

 

Pour nous c’est la configuration la plus classique en matière de gestion financière dans le couple. Chaque conjoint dispose de son revenu qui est connu de l’autre et ils décident ensemble de mutualiser un pourcentage fixe de ce revenu pour faire face aux charges du ménage.

« Chaque personne peut avoir le droit d’avoir une partie de ses revenus pour elle-même. On mutualise nos forces dans le cadre d’un budget qui englobe les projets, pas au-delà sauf extrême nécessité. » – En témoigne Monsieur P.

Certains, dans cette approche sont flexibles et calibrent les choses en fonction de la capacité financière de chacun.

Madame X. nous dira ceci : « Nous nous entendons sur tous les sujets en fonction de la capacité financière de chacun. Je peux donner un peu plus sans soucis, il peut arriver des fois où c’est lui qui donne un peu plus. Nous nous entraidons et chez nous, on appelle ça « nous soudons ». »

Cependant, nous avons pu remarquer dans cette approche, l’influence du régime matrimonial (pour les personnes mariées) dans la gestion financière dans leur couple.

« On est en séparation de biens pour des raisons professionnelles. Tout ce qu’on souhaite garder en commun on le met au nom des enfants. » nous dira Madame Z.

Les avantages sont :

  • En cas de difficulté, l’un peut compter provisoirement sur l’autre pour assurer les dépenses
  • Il y a une certaine forme de liberté à pouvoir disposer d’un certain pourcentage de votre revenu comme bon vous semble

Les inconvénients sont :

  • Avec des salaires différents, l’un ou l’autre peut se sentir lésé dans le mode de répartition des charges ou par le pourcentage de son salaire ou revenu à mettre à contribution
  • Cette approche n’est possible que si les 2 conjoints ont chacun un revenu

 

4. Ce qui est à moi est à nous

Rien à soi, tout à tous, tout à chacun

 

Ici, nous somme dans la configuration du « Rien à soi, tout à tous, tout à chacun ». Cette approche, répond à cette phrase qui dit « Quand on aime, on partage tout ».

Au-delà du proverbe, cette approche, traduit pour beaucoup l’essence même du mot « Couple », et renvoie l’image d’un couple très soudé et solidaire.

Pour les personnes se réclamant de cette approche, le couple est une entité qui doit se soutenir et donc tout ce qui appartient à l’un doit appartenir à l’autre.

« Pour la gestion de l’argent ce qui est à moi est à lui et ce qui est lui est à moi. » nous dira Madame T.

Ici, dans cette approche, nous ne ferons pas la liste des avantages et celle des inconvénients. Nous vous laisserons plutôt les trouver à partir des témoignages que nous avons reçu.

Chacun a aussi de l’argent de poche en plus qu’il peut utiliser comme il veut, pour la maison ou pour lui.

 

Parlant de témoignages, Celui de de madame O. nous a profondément touché :

« Après le retrait des dîmes et des offrandes, le salaire de monsieur sert aux dépenses. Le salaire de Madame sert principalement à l’épargne de la famille. Ce n’était pas le cas au début du mariage mais ça nous convient bien maintenant.

Nous sommes passés par différentes étapes. Madame qui paye presque tout parce que monsieur n’avait pas de revenus réguliers. Monsieur et Madame qui payent ensemble. Monsieur qui paye presque tout parce que Madame n’a pas de revenus réguliers.

Et enfin monsieur qui paye en majorité et Madame qui épargne en majorité. Depuis peu, on essaye de réduire la portion du salaire de monsieur affectée aux dépenses pour augmenter l’épargne et les dons. (…) Mais chacun a aussi de l’argent de poche en plus qu’il peut utiliser comme il veut, pour la maison ou pour lui. »

Voilà ainsi présenté les quatre (4 ) méthodes de gestion de l’argent dans le couple. Nous respectons chacune de ces approches.

Les craintes et les peurs sont légitimes quand il s’agit d’argent. Cependant, quel que soit votre approche soyez solidaire dans votre couple.

Veillez à établir un climat de confiance entre vous et votre conjoint, car on ne peut gérer son argent avec celui ou celle qui n’est pas digne de confiance.